Un concept innovant de circulation urbaine : la zone de rencontre
Par Gilles G. le mardi 01 septembre 2009, 00:19 - Environnement - Lien permanent
À Strasbourg, depuis quelques semaines, existe un nouveau concept de circulation urbaine : la zone de rencontre. Il s'agit d'espaces, généralement restreints, où piétons, vélos, voitures se partagent la même voirie, avec priorité au plus faible (exception faite des tramways et véhicules de secours), dans une zone limitée à 20km/h. Plus de trottoirs, plus de panneaux, aucune indication (sauf celles de direction).
Un panneau a officiellement été créé et validé par le ministère de l'Écologie, de l'Énergie et en charge du Développement Durable (en charge de la sécurité routière) à ce sujet en novembre 2008, afin de définir les entrées et sorties de ces périmètres.
Naturellement, la première réflexion que l'on peut se faire est : au vu des mentalités des français au volant, ce ne sera jamais respecté, vive l'anarchie !
Mais, si la rue des Charpentiers, en plein centre de Strasbourg, est une des premières villes en France à tester ce principe (avec Chambéry, Metz, Villeurbanne, Sceaux, Wissembourg ou Quimperlé) et a donc valeur de test avant possible extension, c'est loin d'être une première européenne. Des villes comme Oostend en Belgique, Ipswich en Grande-Bretagne, des villages d'Allemagne ou de Suède ont déjà repris le concept sur certaines ou l'intégralité de leur voirie. Mais le plus impressionnant dans le domaine est la ville de Drachten, 45 000 habitants, située en Frise (Nord des Pays-Bas), qui a retiré quasiment tous les panneaux de signalisation routière, feux tricolores, et parfois même marquage au sol !
Le principe de son créateur, le néeerlandais Hans Monderman (lien en anglais), est simple. Selon ses dires : "Toutes les règles de circulation existantes nous dépouillent de la chose la plus élémentaire et la plus importante: être attentionné. Nous perdons notre capacité à être socialement responsables. Plus le nombre de règles est grand, moins les gens se sentent responsables."C'est donc par un angle sociologique que ce néerlandais s'attaque au problème, et, après expérimentation, le constat est édifiant ! Là où on pouvait s'attendre, selon toute logique, à une perte de repères totale donc à une augmentation des accidents, là où plus rien ne définissait la limite entre zones piétonnes et zone pour véhicules motorisés, les plus puissants ralentissaient d'eux même leur vitesse et gagnaient en vigilance, aidés par des pavés qui maintiennent une attention pour tout conducteur, qu'il soit à 4 ou 2 roues. Et le nombre d'accidents et d'accrochages ont diminué sur l'ensemble de ces zones. Mieux, les piétons ont récupéré l'espace des rues et n'ont plus peur de traverser, sur des axes où pourtant la circulation peut monter jusqu'à 12 000 véhicules/jour ! Cela s'appuie, pour les automobilistes, sur 2 règles simples, rappelées aux entrées de la ville : priorité absolue à droite, puis aux piétons puis vélos, et montrer la voie à suivre pour être suivi. La limitation de vitesse, même si précisée sur panneau, devient dès lors innée, pour gagner en attention.
Qui plus est, aux heures de pointes, la vitesse lente et assez régulière tend à fluidifier le trafic, diminuant les émissions polluantes des véhicules.
Bien entendu, on imagine l'anarchie de telles initiatives dans les grandes métropoles. A leur insu, des villes comme Bombay, Lagos, ou Djakarta l'expérimentent tous les jours... avec un résultat indescriptible ! Cela va de soi, ce n'est pas une seule seconde souhaitable à l'échelle de métropoles entières, où dans quelconque métropole à fort trafic automobile.
Mais, cela serait tout à fait envisageable dans certains villages ou certaines zones urbaines à faible densité automobile.
Si, pour le moment et à ma connaissance, aucun village en France ne semble disposé à prendre de telles initiatives afin de diminuer la vitesse sur ses routes, les hypercentres des villes peuvent se montrer intéressés. C'est le cas de la municipalité de Strasbourg. Probablement d'autres villes vont suivre dans les prochains mois.Espérons qu'elle ne soit pas la seule. Car redonner l'espace au piéton, quelque soit la ville, contribue à redynamiser et revaloriser les centre-villes, redonner de la valeur aux villages, quels qu'ils soient. Et cela, en faisant en sorte que les véhicules restent autorisés mais ne soient plus les maîtres absolu des lieux, que les piétons se réapproprient ces endroits, en favorisant les moyens de transport doux et propres.
J'avoue miser beaucoup d'espoirs sur cette initiative strasbourgeoise encore pionnière dans notre pays comme dans les autres villes sus-citées, que cela s'avère concluant tant en terme de sécurité pour tous, qu'en matière de civisme au volant (ou au guidon), qu'également pour les commerçants de cette rue, et que cela se réplique et s'étende dans bon nombre d'autres villes, voire de villages, comme en Allemagne (Bohmte - lien en allemand), Pays-Bas (Makkinga, 1000 habitants), Belgique (Oostend), Grande-Bretagne (Ipswich), Suède ou Danemark (Ejby , 2000 habitants).
Liens intéressants pour approfondir le sujet :
http://news.caradisiac.com/Tomber-le-panneau-2
http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/vos-infos/presse/communiques/4-2008/CP_09_12_08.html
http://velobuc.free.fr/sharedspaceeurope.html
http://www.hopfensperger.co.uk/index_files/SharedSpace.htm (lien en anglais)
http://julienviel.hautetfort.com/archive/2009/08/21/zone-de-rencontre.html


Commentaires
Bonjour,
je tenais juste à te signaler que nous avons mis en place une zone de rencontre à Quimperlé depuis le mois de juin.
La zone englobe les halles. J'imagine que nous ne somme pas les seuls. En tout cas pour l'instant c'est plutôt concluant et il est fort possible que nous continuions dans ce sens.
Voilà un petit témoignage supplémentaire. Je suis à ta disposition pour d'autres informations si tu le souhaites.
Erwan